La vie dans une colonie pour malades de la lèpre
15 juillet 2014
Gloria et Moni – de si petites taches sur de si petites filles…
4 janvier 2016

Basu : peu importe, je suis précieuse

Je m’appelle Basu Kumal. J’ai 60 ans et je viens d’un village reculé de Malika VDC, Dailekh au Népal. J’ai un mari affectueux et deux fils qui sont tous les deux mariés et ne vivent plus à la maison. Je menais une vie heureuse dans mon village, prenant soin de mon mari et de quelques chèvres.

Il y a environ neuf mois, je remarqué quelques taches sur ma peau…

basu-kumal

Elles ont commencé sur ma cuisse gauche. Je n’en ai pas tenu compte, car je pensais que c’était une simple éruption, mais lentement, plusieurs taches sont apparues sur d’autres parties de mon corps. Mon mari s’est inquiété et m’a emmenée au poste de santé où l’on m’a dit que j’avais la lèpre.

J’étais bouleversée. Je ne pouvais pas croire ce que j’entendais. À ma connaissance, personne dans ma famille n’avait la lèpre. J’étais brisée. J’ai pleuré  longtemps car je croyais que la lèpre entraînait une mort lente et douloureuse, et qu’elle touchait ceux qui avaient péché. Je me demandais quel mal j’avais fait pour mériter d’être ainsi punie par Dieu. Le personnel du poste de santé m’a donné des médicaments et m’a recommandé de les prendre régulièrement. J’ai quitté le poste de santé le cœur lourd. Je ne savais pas combien de temps je vivrais.

À mon retour à la maison, j’ai commencé à prendre le traitement. Très vite, j’ai commencé à avoir une forte fièvre et mon corps me faisait mal. Mon état empirait chaque jour. Même lever mes mains devenait extrêmement douloureux. Un jour, je me suis presque effondrée tant j’étais faible. Mes fils étaient partis en Inde pour le travail ; alors mon mari a appelé notre neveu pour me conduire à l’hôpital. Mon neveu habitait à Surkhet, mais il était venu nous rendre visite pendant ses vacances. Quand il a entendu que j’avais la lèpre, il m’a suggéré de m’amener à INF Surkhet (ONG chrétienne népalaise soutenue par Mission Lèpre). Il avait entendu que des malades de la lèpre y recevaient de bons soins.

plaies-pied

Après un voyage de deux jours, nous sommes arrivés à INF Surkhet. On m’a dit que mes douleurs étaient dues à une réaction inflammatoire de la lèpre (névrite). La névrite est une complication fréquente de la lèpre et se produit souvent l’année qui suit le démarrage des antibiotiques. J’ai été admise et j’ai reçu un traitement et des soins de qualité. J’ai bénéficié des conseils et j’en ai appris plus sur la lèpre par le personnel et par les autres patients atteints de cette maladie. Comme j’ai mieux compris la lèpre, j’ai réalisé que c’était juste une maladie et pas une malédiction. Elle nécessite des médicaments pour guérir, et non des sacrifices de poulets ou de chèvres ! Après un séjour d’un mois, je suis sortie et je suis rentrée chez moi  le cœur joyeux.

Une fois à la maison, je suis retournée à mon travail domestique. Mon mari et moi avions décidé de ne pas dire aux autres (nos voisins et parents) que j’avais la lèpre, pas même à nos fils. Sept mois après mon retour, j’ai remarqué une plaie sur mon pied. Je ne sentais aucune douleur car mes pieds étaient devenus insensibles. Le poste de santé était loin de chez moi et nous avons pensé que ce ne serait pas sage de  faire tout ce trajet à pied pour obtenir des médicaments pour cette plaie. À la place, j’ai appliqué une crème antiseptique qu’un de mes fils m’avait rapportée d’Inde, espérant que la plaie allait guérir ainsi. Mais elle n’a pas cessé de grandir. Enfin, nous avons décidé de retourner à INF pour la traiter.

Le 15 Juin 2015, j’ai été  à nouveau admise à INF Surkhet, cette fois pour le traitement des plaies. Non seulement j’ai reçu un traitement médical, mais aussi de la nourriture, de l’amour et de l’attention. Après environ 3 semaines, ma plaie était complètement guérie. J’ai été envoyée à l’unité d’auto-soins pour  14 jours de formation à une prise en charge autonome. J’ai participé  activement à une éducation sanitaire, à des cours d’alphabétisation et à des séances quotidiennes de trempage-grattage-huilage. J’ai appris des moyens pour me protéger de nouvelles blessures et des exercices pour éviter que mes doigts ne deviennent en griffe.

basu-khima

Le jour de ma sortie approche… Je me sens plus confiante que nerveuse. J’ai tant appris sur la lèpre et sur les techniques pour me protéger. En regardant mes amis ici qui ont perdu les doigts et les orteils, je me suis promis que je ne cesserais jamais les activités d’auto-soins à la maison. Désormais je ne cacherai plus ma maladie. J’espère qu’on va  la comprendre et m’aimer et me respecter autant qu’avant. Je suis confiante pour faire face à des questions sur la lèpre. La chose la plus importante dont je me suis rendu compte est que la lèpre est une maladie guérissable et que si les médicaments sont pris correctement et les activités d’auto-soins poursuivies, il n’y a aucune raison qu’elle m’empêche de faire quoi que ce soit. Je ne veux pas perdre une partie de mon corps à cause de la lèpre. Je m’aime moi-même et je suis précieuse pour ma famille comme une épouse aimante et une mère.

Pour toutes les choses que j’ai apprises à INF, je remercie chaque personne qui y travaille d’apporter de la joie dans ma vie et dans la vie de tant de gens comme moi. Oui ! Merci à chacun !

Rédigé par: Reema Shrestha, chargée de projets donateurs

Follow

Follow this blog

Get every new post delivered right to your inbox.

Email address